Aujourd’hui, la donne a changé. L’intelligence artificielle, le cloud computing et la croissance exponentielle du volume de données ont fait de l’énergie le principal critère de décision. Il ne suffit plus de disposer d’un terrain pour construire. Il est nécessaire de garantir un approvisionnement en électricité fiable, compétitif, évolutif et disponible au moment où l’investissement doit se concrétiser.
L’étude « Global Data Center Trends 2026 » de CBRE met clairement en évidence cette réalité. La capacité installée continue de croître dans plusieurs régions du monde, mais la demande augmente encore plus rapidement. En Europe, le parc des quatre plus grands marchés – Londres, Francfort, Paris et Amsterdam – a progressé de 19 % au premier trimestre. Pourtant, les opérateurs continuent de rechercher de nouveaux sites capables de fournir de l’électricité et offrant des possibilités d’extension. Selon CBRE, les marchés européens les mieux positionnés seront ceux qui pourront proposer de l’électricité à des prix compétitifs, à grande échelle et avec des conditions réelles permettant la construction.
Le Portugal semble réunir la quasi-totalité des atouts nécessaires. Nous disposons d’une production d’énergies renouvelables en pleine croissance, d’une situation géographique privilégiée sur l’Atlantique, de câbles sous-marins, d’une stabilité politique, de terrains disponibles et de projets à grande échelle déjà annoncés, notamment à Sines. Nous disposons également d’une opportunité rare de combiner énergie propre, infrastructure numérique et investissements internationaux au sein d’une nouvelle plateforme économique. Mais il existe une différence décisive entre produire de l’énergie et être en mesure de la distribuer.
Un centre de données ne choisit pas un pays simplement parce qu’il produit beaucoup d’électricité renouvelable tout au long de l’année. Il faut un raccordement au réseau offrant une capacité garantie, une redondance, une stabilité et des délais prévisibles. Il faut savoir quand on pourra commencer à commercialiser l’électricité. Et c’est précisément là que le Portugal est confronté à l’un de ses plus grands risques.
Nous sommes confrontés à des projets d’énergies renouvelables bloqués, à des limitations de capacité du réseau, à de longues procédures d’autorisation et à des investissements qui dépendent des décisions prises par de multiples entités. Dans le même temps, nous faisons la promotion de grands centres de données comme s’il suffisait d’identifier un terrain et de garantir une intention d’investir. Cela ne suffit pas. L’énergie destinée à l’économie numérique doit être planifiée avant même que la demande ne se manifeste.
Il est nécessaire de renforcer les réseaux de transport et de distribution, d’accélérer le développement du stockage par batterie, de créer des solutions de production proches des lieux de consommation et d’articuler les grands projets numériques avec les parcs d’énergies renouvelables, la logistique et les capacités industrielles. Nous devons également veiller à ce que la croissance des centres de données n’entre pas en concurrence de manière désorganisée avec les besoins des populations et des entreprises déjà implantées.
Le débat ne peut se résumer à l’idée que ces infrastructures consomment trop d’énergie. Elles en consomment, cela ne fait aucun doute. Mais ils peuvent aussi contribuer à justifier de nouveaux investissements dans les réseaux, le stockage et la production d’énergies renouvelables. Ils peuvent créer une demande stable, attirer des entreprises technologiques et renforcer la position du Portugal dans l’économie de l’intelligence artificielle. Pour cela, ils doivent toutefois s’inscrire dans une stratégie énergétique et territoriale, et non être traités comme des projets isolés.
L’étude de CBRE montre également que les opérateurs se mettent à rechercher des alternatives aux grands marchés traditionnels lorsque ceux-ci n’offrent plus une capacité suffisante. C’est là que le Portugal peut tirer son épingle du jeu. Mais cette fenêtre d’opportunité ne restera pas ouverte indéfiniment. D’autres pays investissent eux aussi dans l’énergie, les réseaux et les infrastructures numériques.
Le Portugal dispose des conditions nécessaires pour s’imposer comme l’un des principaux pôles européens de centres de données. Le problème n’est plus de convaincre le monde de nos atouts. Le problème est de veiller à ce que, lorsque les investisseurs arriveront, la capacité nécessaire soit disponible pour les raccorder. Car l’avenir des centres de données portugais ne se jouera pas sur le nombre de projets annoncés. Il se jouera sur la quantité d’énergie que nous serons capables de fournir, en toute sécurité et dans les délais promis.









Follow us on social media