Cependant, Nuvem étant un système privé (c'est-à-dire qu'il n'appartient pas, comme c'est habituellement le cas, à un consortium d'entreprises du secteur informatique), Google agira en tant que gestionnaire de son propre réseau et déterminera les conditions d'exclusivité. Il ne fait aucun doute que la priorité en matière de trafic sera accordée à ses produits numériques, notamment au Cloud. Les capacités de bande passante excédentaires pourront être louées à des tiers de son choix, mais il est peu probable qu’il s’agisse des nombreuses entreprises chinoises qui ont progressé si rapidement dans ce domaine et menacent désormais l’hégémonie de Google.

Dans un discours prononcé lors des cérémonies d’inauguration le 21 juillet, l’ambassadeur américain John Arrigo a prédit que les investissements des entreprises technologiques américaines dépasseraient les 40 milliards de dollars d’ici 2031. Cela ferait du Portugal un acteur majeur dans la concentration américaine des infrastructures d’IA au sein de l’UE.

C’est ce même monsieur qui avait déclaré il y a seulement trois mois que les États-Unis envisageraient de réduire leurs investissements au Portugal si ses forces navales vétustes n’étaient pas remises en état afin de se prémunir contre tout sabotage des installations sous-marines américaines. Ce n’est donc pas un simple hasard si le gouvernement a annoncé cette semaine que le Portugal s’était engagé à acheter à l’Italie trois frégates polyvalentes FREMM EVO, pour un coût prévisionnel de près de 4 milliards d’euros, dont la livraison est prévue d’ici 2029/2030.

On estime que le réseau de câbles à fibre optique achemine 95 % du trafic Internet mondial, y compris des données secrètes cryptées. Il n’est donc pas surprenant que tant les États-nations que les méga-entreprises recherchent de nouvelles stratégies pour assurer la sécurité de leurs systèmes contre le sabotage et la surveillance par des entités commerciales et militaires hostiles. Malheureusement, la longueur considérable des câbles et des conduites, ainsi que leur acheminement parfois difficile à travers des terrains inhospitaliers à de grandes profondeurs océaniques, rend cette tâche presque impossible.

Le groupe des pays BRICS (dont les fondateurs sont le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud) représente 49 % de la population mondiale et produit 39 % du PIB. Avec ses partenaires que sont l’Iran, l’Arabie saoudite et l’Indonésie, ce groupe s’oppose aux États-Unis et à leurs alliés, avec lesquels il est engagé dans une lutte géopolitique pour la suprématie au sein des nouvelles économies commerciales et industrielles du XXIe siècle. Ensemble, ils disposent d’une interconnectivité via les technologies de l’information et les câbles qui dépasse probablement celle de l’Occident. Pour protéger ce système vital, de nouvelles stratégies de défense ont été mises en place.

La Russie adapte une partie de son importante flotte de sous-marins à propulsion nucléaire de grande taille pour qu’ils puissent transporter des répliques miniatures capables de plonger aux plus grandes profondeurs. Ces sous-marins sont équipés de puissants outils de découpe permettant de hisser les sections endommagées et les sous-stations à bord de navires de surface en vue de leur réparation. Ils disposent également de sonars et d’équipements sans fil permettant d’intercepter les câbles étrangers et d’utiliser des sonars pour détecter les activités minières et autres activités sous-marines lancées par les États-Unis malgré le moratoire de l’Autorité internationale des fonds marins des Nations unies.

La Chine et les autres États membres ont également modernisé leurs sous-marins et leurs navires de surface (y compris la marine marchande) afin d’assurer l’entretien et l’inspection de leurs câbles, mais aussi de cartographier ou d’intercepter ceux de leurs adversaires.

La Chine a réalisé des progrès remarquables dans tous les domaines de l’activité commerciale et militaire. Le 22 juin, elle a annoncé de sévères restrictions sur ses exportations de terres rares vers les États-Unis, y compris une interdiction totale des ventes à douze entreprises fortement impliquées dans la fourniture de matériel de guerre au Pentagone.

Quelques semaines plus tard, la Chine a révélé avoir construit le super-ordinateur LineShine, qui a détrôné son rival américain El Capitan de la première place du classement mondial TOP500. Il utilise des processeurs à usage général fabriqués localement ainsi que le processeur LX2, conçu en collaboration avec Huawei. D’un seul coup, la dépendance vis-à-vis des processeurs graphiques (GPU) de Nvidia et d’AMD a pris fin.

Pour couronner le tout, la start-up chinoise Moonshot vient de lancer son puissant modèle Kimi K3, qui représente un défi direct au Gemini de Google, en perte de vitesse, tandis qu’Alibaba a présenté en avant-première Qwen3.8, dont les capacités sont similaires à celles du Kimi K3. Ces deux innovations seront entièrement gratuites au téléchargement et constitueront une concurrence directe pour OpenAI

La Commission européenne est pleinement consciente du défi que représente la Chine face à l’hégémonie américaine. Elle a mis en place une série de réglementations visant à garantir la sûreté et la sécurité de ses 450 millions de citoyens, mais celles-ci ont été largement contournées, voire ignorées, par les géants du cyberespace qui disposent des meilleures équipes d’avocats et d’ingénieurs. Des amendes substantielles ont été infligées, mais sans effet sur la croissance fulgurante des centres de données et sur les projets de construction urbaine associés, qu’il s’agisse d’usines ou de logements destinés à de nouvelles communautés.

La cybersécurité au cours de la prochaine décennie est l’élément le plus urgent pour le maintien de la souveraineté numérique européenne.

Pour le Portugal, le défi, tel qu’exprimé par l’ambassadeur américain, réside dans le fait que son économie risque d’être prise en otage par la détermination des géants du cyberespace, à l’instar de ce qui s’est produit en Irlande.

L’UE n’a pas réussi à développer une industrie de la cybersécurité et doit accepter d’être reléguée à une position secondaire dans la hiérarchie mondiale. Pour assurer un avenir stable, elle pourrait bien se tourner désormais vers la technologie nettement plus avancée de l’Est afin de préserver son poids économique et géopolitique dans un monde en mutation.