Pourtant, loin des salles de réunion, le piano est resté une vocation incontournable. Après avoir tourné le dos au monde des affaires il y a 15 ans pour se consacrer pleinement à la musique, ce compositeur et pianiste basé à Londres s’est constitué un public international grâce à ses compositions originales et profondément émouvantes.

À l’approche de la sortie de ses prochains albums, notamment un recueil pour piano prévu plus tard dans l’année et un ambitieux projet orchestral explorant les conflits modernes, Moss s’est confié sur sa reconversion tardive, son processus créatif et les raisons pour lesquelles il refuse de jouer des reprises.

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TPN : Vous avez passé de nombreuses années à travailler dans le monde des affaires avant de vous lancer professionnellement dans la musique. Avez-vous toujours su que votre place était dans la musique ?

Duncan Moss: Oui, tout à fait. J’ai commencé à jouer du piano à l’âge de six ans, il y a près de 60 ans maintenant, et on n’a jamais eu à me dire de m’entraîner ; j’étais impatient de m’y mettre. À 15 ou 16 ans, tout semblait indiquer que je me dirigerais vers une carrière de musicien.

Cependant, deux événements se sont produits à cette époque. Tout d’abord, j’ai vu un jeune de 13 ans, lors du concours « Jeune musicien de l’année », interpréter un concerto de Rachmaninov avec tant de brio que je me suis dit : « Il n’y a de place que pour trois grands pianistes dans le monde, et ce gamin est déjà meilleur que moi. » Ensuite, mon professeur de piano s’est rendu compte que je passais trois heures par jour à composer ma propre musique plutôt que de me concentrer strictement sur le programme classique.

À l’époque, il était très difficile de gagner sa vie en tant que jeune musicien, et j’étais déterminé à ne pas être pauvre. J’ai donc choisi de gagner ma vie dans le monde des affaires. Ce n’est que bien plus tard dans ma vie que j’ai décidé d’y revenir pour assouvir cette envie qui m’habitait depuis toujours.

TPN : Vos compositions sont exclusivement originales. Pourquoi avez-vous décidé de ne pas jouer de reprises ou de standards populaires ?

Duncan Moss : C’était une décision tout à fait délibérée. Lorsque je me suis lancé à plein temps il y a une dizaine d’années, beaucoup de gens m’ont conseillé de jouer des reprises pour me faire connaître.

Même si je suis capable d’interpréter la musique d’autres artistes, j’avais mis ma propre passion de côté pendant presque toute ma vie. J’ai décidé que lorsque je me lancerais enfin, je jouerais mes propres compositions.

J’écris ce que j’ai envie d’écrire sans que personne ne me dise ce que je peux ou ne peux pas faire. C’est un véritable luxe et une expérience extrêmement cathartique. J’ai toujours pensé que si j’aimais ça, c’était génial, et que si d’autres personnes aimaient ça, c’était un bonus. Au fil des années, ce public s’est développé à l’échelle mondiale, et le fait d’entrer en contact avec les auditeurs via les réseaux sociaux a été extraordinaire.

TPN : Y a-t-il eu un élément déclencheur spécifique qui vous a poussé à passer complètement du monde des affaires à la musique à plein temps ?

Duncan Moss : J’ai apprécié ma carrière dans les affaires, mais j’ai toujours été hanté par l’idée de passer ma vie sur terre en n’ayant fait qu’une seule chose. Une citation du poète américain Charles Bukowski m’a profondément marqué : « Te souviens-tu de qui tu étais avant que le monde ne te dise qui tu devais être ? »

Après avoir quitté l’immobilier, je me suis essayé aux investissements en capital-investissement et au financement de start-ups en tant qu’investisseur providentiel, et j’ai perdu une fortune. Cela m’a amené à me demander pourquoi j’essayais de faire des choses pour lesquelles je n’étais pas vraiment fait, plutôt que de me concentrer sur la seule chose qui me venait naturellement : la musique. Ma famille et mes amis m’ont dit : « Il était temps — qu’est-ce qui t’a pris si longtemps ? » Une fois ce grand saut franchi, j’ai complètement tourné le dos au monde des affaires.

TPN : D’où viennent vos mélodies, et comment les capturez-vous lorsque l’inspiration vous vient ?

Duncan Moss : Si je savais d’où elles viennent, je serais très heureux ! J’ai composé mon premier morceau à l’âge de six ans, et ce processus ne s’est jamais arrêté. Les mélodies me viennent de deux façons : soit j’entends un air se former dans ma tête, soit je m’assois au piano et je joue la première chose qui me vient à l’esprit jusqu’à ce que quelque chose s’harmonise.

Quand un air me vient, je dois l’enregistrer tout de suite. Les notes vocales de mon téléphone regorgent de fredonnements et de sifflements horribles, car si je me réveille au milieu de la nuit avec une idée, je sais que je l’aurai oubliée au matin si je ne la capture pas immédiatement — au grand désarroi de ma femme.


TPN : Vous collaborez actuellement avec un musicien et un scientifique pour explorer les neurosciences de la musique. Qu’est-ce qui vous attire dans ce domaine ?

Duncan Moss : C’est un projet fascinant. Nous étudions les neurosciences de la musique, les ondes cérébrales et les fréquences sonores, en observant comment certains motifs musicaux provoquent une harmonisation de l’activité cérébrale. La musique affecte profondément les gens : certains auditeurs sont émus aux larmes en quelques minutes, tandis que d’autres restent totalement indifférents. Je suis impatient de comprendre les raisons scientifiques qui expliquent ce lien émotionnel et physique si profond.

Crédits : Facebook ;

TPN : Vos précédents albums, *Mnemonics* et *Hope*, s’inspiraient largement de souvenirs personnels et d’événements du monde réel. La musique est-elle votre façon d’assimiler le monde qui vous entoure ?

Duncan Moss : Absolument. Lorsque l’on adopte un état d’esprit artistique, nos antennes sont constamment en alerte. On capte des conversations, des actualités ou des expériences personnelles, et la musique devient le moyen par lequel on exprime sa réaction.

Par exemple, les morceaux de mes précédents albums ont été composés après le décès de ma mère, pendant les confinements liés à la COVID-19 à Londres, ou à la suite de la naissance de mes petits-enfants. Mon prochain projet orchestral, *War and Peace*, découle de la même manière d’une réflexion sur la géopolitique moderne et les conflits.

C’est un mécanisme d’adaptation, et la mélodie est ma façon de raconter des histoires et de préserver des sentiments.

Perspectives d’avenir : la vie, les marées et le pouvoir de la mélodie

Pour Duncan Moss, la décision de troquer la finance à haut risque contre la composition à plein temps s’est avérée être bien plus qu’une seconde carrière : c’est l’accomplissement d’une promesse faite à l’âge de six ans et tenue tout au long de sa vie. Aujourd’hui, depuis son studio à domicile situé directement sur les rives de la Tamise, près de Canary Wharf, la routine d’enregistrement quotidienne de Moss est régie de manière unique par le monde naturel ; les sessions sont fréquemment interrompues pour laisser le grondement audible de la marée montante s’apaiser avant de reprendre son travail au clavier.

Cette conscience aiguë de son environnement imprègne chaque aspect de sa création artistique. Qu’il s’agisse de réfléchir au silence inquiétant du centre de Londres pendant les confinements de 2020, d’immortaliser la perte de sa mère bien-aimée dans le morceau « Goodbye Mum », ou de traduire la tragédie viscérale des conflits mondiaux en arrangements orchestraux, Moss considère la musique à la fois comme un refuge personnel et un dialogue partagé. Ce dialogue est entretenu avec un dévouement extraordinaire : ayant répondu personnellement à plus de 50 000 commentaires d’auditeurs sur les réseaux sociaux ces dernières années, il considère le lien avec son public international comme un devoir essentiel plutôt que comme une simple formalité.

Alors qu’il s’apprête à sortir son prochain album de piano solo plus tard cette année, enregistré dans son studio londonien au bord de la rivière, suivi de l’ambitieuse suite orchestrale *War and Peace* inspirée par les conflits, Moss reste résolument concentré sur une narration authentique. Son parcours nous rappelle de manière saisissante qu’il n’est jamais trop tard pour se libérer des attentes des entreprises et revenir à cette passion singulière qui définit l’expérience humaine.

www.duncanmossmusic.com