« Les vagues de chaleur n’en finissent plus. Je n’en peux plus. À peine pensons-nous que ça s’arrête que la chaleur revient », a déclaré Ayse Gurbuz, une étudiante de 25 ans vivant à Lyon (centre-est de la France), à l’agence de presse française AFP.
Au 19 août, la France avait déjà enregistré 52 jours de canicule depuis la mi-juin — un record, étant donné que l’été n’était pas encore terminé. Parallèlement, le reste de l’Europe a connu des records de température : 45,1 °C à Andújar (Espagne) le 22 juin, 48,4 °C à Orani (Sardaigne) le 19 juillet, ainsi que 42,2 °C en Slovaquie et 37 °C au Danemark.
Mortalité au Portugal
Et la canicule a entraîné des décès. Le 6 août, les autorités portugaises ont signalé trois périodes de surmortalité au cours des derniers mois, totalisant 680 décès de plus que les niveaux attendus.
L’Institut national de santé Ricardo Jorge (INSA) et la Direction générale de la santé soulignent que les données observées montrent que la majorité des décès concernaient des personnes âgées de 75 ans ou plus, avec une prédominance de causes circulatoires, respiratoires et néoplasiques.
Selon ces deux organismes, les décès dont la cause sous-jacente a été codée comme « exposition à une chaleur excessive » ne représentent qu'une petite fraction de l'impact de la chaleur sur la mortalité, car dans la plupart des cas, la chaleur agit comme un facteur déclencheur ou aggravant d'autres pathologies plutôt que comme la cause sous-jacente du décès mentionnée sur le certificat de décès.
Phénomènes météorologiques extrêmes
Les phénomènes météorologiques extrêmes — notamment les périodes de fortes précipitations quasi-tropicales — constituent « un rappel brutal des conséquences en cascade de la crise climatique, tant sur le plan humain qu’économique », a averti en mai Simon Stiell, responsable du climat à l’ONU.
Une nouvelle habitude s’est installée à travers l’Europe : surveiller avec inquiétude la hausse du thermomètre et suivre de près les prévisions météorologiques ; pourtant, pour le climatologue français Jean Jouzel, c’est la nouvelle norme.
« Ce que nous vivons correspond exactement à ce que notre communauté (scientifique) prévoit depuis une trentaine d’années », a déclaré l’ancien vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.
Le premier jour de l’été, des signaux d’alerte sont apparus au Pays basque et dans huit villes italiennes, placées en alerte rouge en raison de la vague de chaleur ; des écoles ont fermé, des festivals ont été annulés et les retransmissions de la Coupe du monde ou des feux de la Saint-Jean ont été suspendues.
Entre mi-juin et mi-août, plus de 32 000 décès supplémentaires ont été enregistrés en Europe, selon un décompte provisoire.
Le nombre de personnes souffrant d’éco-anxiété a grimpé à 2,6 millions, selon une étude de l’Observatoire de l’éco-anxiété.
De l’Europe du Sud au Grand Nord, les feux de forêt avaient ravagé environ 600 000 hectares au 12 août.
Ailleurs, la sécheresse s’est installée, transformant des paysages verdoyants en étendues désolées ; fin juillet, la moitié du continent était touchée.
En France, en Suisse, en Autriche et en Slovénie, les niveaux d’humidité du sol ont atteint des niveaux historiquement bas.
« Tout s’est asséché d’un coup. Les seules plantes qui poussaient étaient l’oseille et les chardons », a rapporté John Pawsey, un agriculteur britannique de 62 ans, en contemplant ses champs de quinoa brûlés par le soleil.
Les grands fleuves comme le Rhin, la Loire et la Tamise ont vu leur niveau baisser ; des centrales nucléaires ont dû interrompre leur production en raison de pénuries d’eau ; et les épaves de navires coulés ainsi que du matériel datant de la Seconde Guerre mondiale ont commencé à refaire surface.
Les nappes phréatiques — bien qu’elles aient été abondamment alimentées l’hiver dernier — ont commencé à baisser en France, dans la région italienne du Piémont et en Espagne, contraignant plusieurs communes à faire appel à des approvisionnements en eau potable.
La pénurie d’eau frappe également de plein fouet le secteur agricole, affectant les rendements du maïs et du tournesol et entraînant des vendanges et des récoltes plus précoces.
Même en mer, les températures ont grimpé en flèche. En juillet, la Méditerranée a enregistré sa température de surface moyenne la plus élevée jamais observée pour ce mois, atteignant 27,07 °C.
Mais cet été extrême n’est qu’un avant-goût de ce qui nous attend, prévient Jean Jouzel.
« D’ici 2100, il y a de fortes chances que l’été 2026 – si l’on prend cette année comme référence – soit considéré comme un “été normal” », prévient-il, appelant à un « signal d’alarme ». « Nous devons comprendre que nous nous dirigeons vers une catastrophe si nous ne parvenons pas à inverser les tendances », a-t-il souligné depuis sa Bretagne natale. Dans cette région atlantique traditionnellement humide, le thermomètre a dépassé les 40 degrés à plusieurs reprises cet été.







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